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15/09/2006

DICKENS, BARBE A PAPA ET AUTRES NOURRITURES DELECTABLES

Delerm, c’est comme les enfants avec les endives : il y en a qui détestent sans même y avoir goûté. Tant pis pour eux, parce qu’il existe peu d’auteurs doués de cette capacité à nous faire mettre le nez sur ces riens du tout qui assaisonnent nos journées, leur donnent parfums et couleurs, et sans lesquels nous serions bien en peine d’archiver nos souvenirs.

Qu’il évoque l’asti spumante bu dans un train italien, un soir d’avril, entouré de ceux qu’il aime ou la petite tablette de chocolat Milka Suchard glissée dans un morceau de pain beurré, Delerm n’a pas son pareil pour transformer en pépite la plus petite banalité. Où qu’il chemine, de la salle des pas perdus de la Gare Saint-Lazare à une foire aux Harengs normande, on l’imagine traquant cet ordinaire précieux comme un Jean-Pierre Coffe soudain frappé d’humilité, et soupesant sa moindre trouvaille d’un lancinant : « Que de l’ordinaire, surtout ! Que de l’ordinaire… »

Avec lui, on relit Sempé, on réécoute Renaud fredonner son Mistral gagnant, et l’on regarde bouillir sans ennui l’eau qui servira à cuire les pommes de terre pour une purée dont il parle comme personne (et qu’il prépare comme personne, sans doute, car sécher les pommes de terre que l’on s’apprête à plonger dans l’eau bouillante relève peut-être davantage de la manie que du bon truc !). Une chose est sûre : quand il parle de la lecture d’un menu dans un restaurant, on ne peut qu’approuver, tant il est vrai qu’ « On ne voit jamais sur son propre menu une chose aussi tentante que celle qui tente les autres. » Et de se désolidariser aussitôt de Gabriel Chevallier qui, dans son fameux Clochemerle, note avec plus de courage que la femme du voisin est toujours plus désirable que la sienne !

Reste qu’à balader le lecteur d’une barbe à papa à une visite dans les Ardennes, Delerm le père, le laisse parfois sur sa faim, lui faisant redouter que ce goût pour les petites choses puisse devenir une religion, avec tout ce que cela implique de pesanteur et de sérieux. Or, on sait bien que rien n’est plus amer que le sourire quand il devient grave (hormis, peut-être le goût des endives d’autrefois, avant que le politiquement correct ne passe par là et les rende appréciables par le plus grand nombre). A propos de politiquement correct et du plus grand nombre, quand Philippe Delerm devient l’apôtre du fast-food, comment s’empêcher de penser qu’à vouloir séduire toujours plus de lecteurs, on peut parfois commettre des impairs minuscules ?
Olivier de Vleeschouwer.

Dickens, Barbe à Papa et autres nourritures délectables, de Philippe Delerm, éditions de L’Arpenteur, 10 €.

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