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LES AMERICAINS N’ONT PAS « LA FRITE »

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LA CUISINE BOURGEOISE

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05/09/2006

AUTOUR DU VIN

S’il est un domaine où la fable trouve sa part, c’est bien celui du vin. Dans un texte qui n’a guère vieilli cinquante ans plus tard, Roland Barthes souligne combien cette « boisson-totem » de la France « supporte une mythologie variée qui ne s’embarrasse de contradictions », sa propriété la plus illustre et la plus ancienne étant évidemment le principe, quasi alchimique, de la transsubstantiation.

Prenez la toponymie de Haut-Brion. Personne ne sait vraiment d’où provient le nom de cet illustre premier cru des Graves. Il pourrait s’agir d’un dérivé de « au brion », qui signifiait « hauteur », comme mouton ou la fite. Dans un ouvrage sur les grands bordeaux, publié en 1934, un auteur irlandais, Maurice Healy, avait découvert un fondateur du domaine en la personne de John O’Brien, négociant en vins du port de Cork, ayant quitté les brumes irlandaises pour planter les vignes de ce cru. Haut-Brion était donc un dérivé de O’Brien. Maurice Healy avait été le premier à révéler cette genèse, et à vrai dire le dernier, car il avait inventé cette histoire de toute pièce.
La supercherie fut découverte. Il fit amende honorable, avouant sa « facétie ». En même temps, il trouvait son récit si merveilleux qu’il devait forcément « ne pas être très éloigné de la vérité ». Quelle plus belle définition donner de la vérité ? Maurice Healy, il est vrai, était avocat, un bien beau métier.

Quel vigneron serait ainsi assez inconscient pour avouer que son vin est en fait le produit d’une chimie complexe ? Non, il est l’expression la plus élevée du Terroir, la digne descendance de l’union passionnée de la Terre et du Soleil. Une génération spontanée en quelque sorte, en regard de laquelle l’Immaculée Conception apparaîtrait presque comme de la petite bière. De même, quel professionnel s’enhardirait à mentionner les effets libérateurs de l’alcool, cette exaltation des sens qui libère le timide et enhardit la jeune fille farouche ? C’est bien connu : contrairement aux autres peuples, les Français ne se saoulent pas. Ils boivent.

Le besoin irrépressible d’enrober nos pratiques alimentaires d’histoires plus belles que véridiques se retrouve dans le geste auguste du sommelier. Ouvrir une bouteille, dans certains restaurants, tient du cérémonial. Si la bouteille en vaut la peine (comprenez : si elle figure parmi les plus chères de la carte), elle est conduite avec componction dans un panier avant d’être précautionneusement décantée au-dessus d’une bougie allumée devant les convives ébahis.
La plupart du temps, ce rituel, qui donne le sentiment de participer à une cérémonie d’initiés, n’a aucun sens. Il est destiné aux flacons centenaires, où un dépôt s’est formé qu’il faut éviter de verser dans la carafe, d’où l’intérêt de la petite flamme. Mais, avec un Petrus 1982, l’utilité est nulle. De même, faire couler avec précaution le précieux nectar dans le décanteur est une aberration puisque l’objet de la manœuvre est, en fait, de l’oxygéner : mieux vaudrait le verser brusquement, en faisant tourbillonner le liquide dans la carafe. Evidemment, le respect pour le sommelier se perdrait un peu. Un bien beau métier que la sommellerie.

16:09 Écrit par Maugus | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : vin, maugus, infos, vins |  Facebook |

Commentaires

plus de 300000 visiteurs Plus de 300000 visiteurs et c'est la première fois que je tombe sur ton blog vraiment très réussi et très instructif aussi. Je vais le mettre en favori et revenir. A bientôt.

Écrit par : Oly | 05/09/2006

Bonsoir Sympa le blog, venez visiter le mien!!!

Écrit par : GoGo | 05/09/2006

Réponse Nous nous précipitons sur vos sites, Oly et Gogo !

Écrit par : Maugus | 06/09/2006

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