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CHRONIQUE GOURMANDE D’AUTREFOIS (17)

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24/07/2006

LA CAVE DES ECRIVAINS

Un bon livre, c’est comme un bon vin : il doit pouvoir compter avec le temps. Anne-Marie Royer-Pantin ne l’ignore certainement pas. Si on la devine lectrice scrupuleuse et attentive, ouvrant un livre rare comme on débouche un grand cru, on l’imagine de même ne comptant pas ses heures lorsqu’il s’agit de se colleter au périlleux exercice de l’écriture.

Normalienne, spécialiste en œnologie et gastronomie, elle manifeste, dans ces Dégustations fabuleuses dans la cave des écrivains, un plaisir de petite souris trempant ses lèvres dans les breuvages les plus variés avant d’y piquer la plume pour nous conter ses impressions. L’œil en alerte, la narine frémissante, ses petits inventaires apparaissent dès lors comme la plus enivrante manière de rendre hommage aux auteurs qu’elle révère.

De cave en cave, elle feint de découvrir qu’il suffit parfois de savoir lire au fond d’un verre pour être renseigné sur le caractère de celui qui s’en abreuve. Dis-moi ce que tu bois, je te dirai qui tu es !

Qui s’étonnera donc, que M. de Voltaire « pétillant d’intelligence, séduisant, brillant, toujours preste, mobile, enjôleur ou incisif » considérât le champagne comme la boisson épicurienne par excellence ? Ou que les personnages de Dumas, boulimiques de vie, pussent apprécier sans exclusive vieux bourgognes, vins d’Anjou, de Bordeaux ou d’Espagne ?

A nous inviter à trinquer avec elle à la santé de tous ces prosateurs cousins de Bacchus, Anne-Marie Royer-Pantin finit comme de juste par s’abandonner au doux vertige de l’ivresse. Les pages sur le mythe de Don Juan et toutes les versions que la littérature en a produites figurent alors parmi les meilleures du livre. Le héros assoiffé de femmes et assoiffé tout court pimente d’un coup la prose de notre petit rat des bibliothèques pour lui conférer un rythme exalté plus que réjouissant. Grisé, le lecteur en oublierait presque que la joie n’est pas forcément au rendez-vous de la dernière gorgée engloutie.

Un détour sur les genoux de Baudelaire lui rappelle à temps que « Dionysos et Thanatos font une très belle paire ». Sur ce constat de bonne conscience, un admirable « Autoportrait en amateur de Sauternes » vient jeter un voile lumineux, doré comme un matin d’automne sur les grappes confites d’Yquem. Et l’œnologue alors devient poète.

Dégustations fabuleuses dans la cave des écrivains, par Anne-Marie Royer-Pantin, éditions de la Table Ronde, 20 €.

12:54 Écrit par Maugus | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vins, cave, livre vins, oenologie |  Facebook |

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